RETOUR AUX SOURCES

Frontière lituanienne. 2 484 Km.

Au cours de ces trois derniers mois, j'ai voyagé à la vitesse que mon corps, seul, pouvait me donner. Traverser l'Europe à 4 Km/heure, je ne pouvais rêver d'un meilleur rythme pour me rendre dans mon pays d'origine.

Faire ce voyage à pied m'a permis de vivre à 200 % chaque seconde de ce retour aux sources. Je n'ai pas traversé le paysage, je l'ai senti vivre en moi et chaque battement de mon coeur était un pas en plus sur la route. J'ajouterai que la lenteur de ce pèlerinage a amplifié tout ce qu'il a pu m'apporter, du contact de mes rencontres, à la beauté des paysages traversés. Ce n'est donc pas par gout pour la souffrance que j'use mes semelles, mais parce que la lenteur révèle les choses dissimulées par la vitesse.

Mon corps, heureux d'avoir été sollicité pour cette nouvelle expérience, était mon unique véhicule. Il est vrai qu'il a souffert, mais le voyage qu'il m'a offert valait de loin cet engagement. J'aime pousser mon corps au-delà de ces limites, comme lui faire faire 20 Km à jeun ou cumuler les heures de marches plus que de raison, car le sentir souffrir, m'aide à me sentir vivant. Au début du voyage, reprendre la route au petit matin était un fardeau. Puis au fil des jours, ce fardeau s'est transformé en plaisir, pour finalement devenir un besoin.

Ce retour aux sources était bien entendu un pèlerinage vers mes origines, mais également un retour à l'essentiel. Le voyage à pied a la faculté d'offrir à qui le pratique, la capacité de ce détacher de tout ce que notre monde mécanisé nous inflige. Il est magnifique d'évoluer au-delà de toutes nos habitudes qui nous conditionnent et nous fragilisent. Retirer cet inutile drap de soi dans lequel nous enveloppe notre société et revêtir la cape de l'aventure, de la bohême et de l'inattendu.
Dormir sous tente, pour apprécier le lit, dormir sur un banc pour apprécier la tente, dormir à même le sol, pour apprécier le banc. Il m'a fallu plusieurs semaines et plusieurs centaines de kilomètres pour arriver à ce stade, mais entre nous, de quoi le voyageur a t'il réellement besoin pour avancer, autre qu'un peu d'eau et un peu de pain ? Après de longues journées de marche où j'atteignais épuisé le but que je m’étais fixé, deux choses étaient indispensables à ma récupération : un peu d'herbe pour reposer mon corps et un peu de ciel pour reposer mes yeux.

Réussir également à ce détacher du découpage temporel. Vivre sans montre, vivre sans heure. Le voyage à pied est la meilleur réponse à l'échappé du temps, mon but n'était plus de le rattraper mais d'arriver à lui être indifferent. Je voyageai dans l'espace, mais le temps n'avait plus d'influence, n'avait plus d'importance. Je m'arrêtai pour manger, dormir et me délecter des paysages qui m'entouraient. Le soleil restait mon unique repère temporel, je croisai sa route tous les jours, lui courant vers l'Ouest et moi rampant vers l'Est.

Moralement, j'ai traversé des périodes difficiles. A plusieurs reprises, l'idée de mettre un terme à mon voyage m'est venue à l'esprit, inutile de vous le cacher. Les longs moments de solitude, où pendant plusieurs jours je ne croisais pas âme qui vive, ont presques eu raison de mon aventure. Ajouté à cela des douleurs physiques, fruits de longues journées passées à abattre des kilomètres. Mes pieds m'ont emmenés jusqu'ici, mais croyez moi ma volonté aussi.
Vous m'avez beaucoup apportés, chacun à votre manière. Merci tout d'abord à mon père, à Nico, à Christelle et à Francois pour m'avoir accompagnés quelques kilomètres sur ma route. Merci ensuite à ma mère, à Jean-Claude, à Fred et à Sarah pour être venu m'apporter un peu de réconfort. Merci ensuite à Francesco, à Friedericke, à Regina, à Siegfred et à Marec pour m'avoir ouvert la porte de leur maison. Merci également à tous ces inconnus que je ne reverrai probablement jamais, pour m'avoir tendu la main quand j'en avais besoin. Enfin, merci à vous tous pour vos encouragements. Pardonnez moi de ne pas vous citer, mais la liste serai longue et je m'en voudrai d'oublier un nom. Mais chacun de vos messages, mails et commentaires m'ont aidés a avancer.
Recevez à travers les textes et les photos du blog toute ma reconnaissance. Mon idée était de partager mon voyage avec le plus de gens possible, alors si je vous ai fait un peu voyager à travers ce blog, je suis doublement heureux d'etre arrivé jusqu'ici. Car les merveilles de mon aventure n'ont de valeur que si elles sont partagées.

Cette grande marche à travers l'Europe arrive à terme. Cela veut t'il dire que ce défi est maintenant derrière moi ? Non, je ne crois pas. J'ai laissé plus que de la sueur et du sang sur cette route, c'est un peu de moi-même qui marche encore. Alors ne soyez pas surpris, si un jour vous me voyez repartir, sac sur le dos et chaussures aux pieds. Et puis, si l'envie vous prends, faites votre baluchon, coupez votre téléphone, fermez la porte de votre maison et partez vous aussi vagabonder sur les chemins. Qui sait, peut-être même que l'on se croisera, sur le bord d'une route, au coeur d'une forêt ou au milieu de rien. Alors on marchera ensemble, toujours plus loin, sans tenir compte du temps qui passe, car ailleurs est un mot plus beau que demain...

A bientôt,

Adrien


Publié à 04:34, le samedi 20 septembre 2008, Kaunas
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